L’histoire

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Naissance du format télévisuel le plus populaire au monde

19 juillet 1962 … la première édition d’Intervilles voit le jour en France. Une présentation du jeu annonciateur des onze émissions à venir. L’émission est alors présentée par deux monstres sacrés de la télévision, Guy Lux, le présentateur emblématique, et Léon Zitrone, le commentateur des événements .Chacun des deux présentateurs représente une des deux villes candidates et est chargé de la défendre. Ils mettent toute leur ardeur à cette tâche, y compris en feignant la mauvaise foi manifeste, ce qui soulève l’enthousiasme des spectateurs et téléspectateurs. Cette simple présentation rassembla néanmoins les foules devant leur petit écran (dix millions de paires d’yeux, quand même !).
Le succès fut foudroyant…à la troisième émission seulement. Les deux premières furent plutôt tièdes et mitigées. Néanmoins, les signes annonciateurs d’un succès avéré se manifestaient déjà.
Ce baptême allait être la parfaite illustration de toutes les émissions à venir ! Les medias retournèrent rapidement leur veste pour suivre ce raz de marée de l’enthousiasme en consacrant de nombreuses pages aux commentaires dithyrambiques, à ce nouveau phénomène.
Le désordre organise, à cause duquel régnait une souveraine pagaille, fut souvent un moteur du succès. « On n’organise pas une foire, on se jette dedans », rappelait souvent Guy Lux.

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De Gaulle, un admirateur de choix

Jamais une émission n’avait eu autant d’impact dans la vie politique. Ainsi pouvait-on lire dans l’hebdomadaire Le Nouveau Candide en 1963 : « Les pouvoirs de Guy Lux qui ne sont pas encore précisés dans la Constitution, sont très étendus. Quand il s’installe dans une cite entre ses mains. » Les municipalités lui font les yeux doux et les élus ne rêvent plus d’une chose : être acteur d’Intervilles…
Même l’homme du 18 juin était fan d’Intervilles et n’aurait pour rien au monde manqué une émission ! Parce que la télé était son contact avec le monde extérieur, le général de Gaulle était un téléspectateur appliqué, ce qui fut d’ailleurs peu connu. Assidument chaque jour, il regardait telle ou telle émission et réagissait comme n’importe quel Français lambda ! Intervilles était une de ses émissions préférées.
Pas étonnant que celui qui se sentait un Français parmi les Français, ait impulsé et même initié véritablement Jeux sans Frontières, la version européenne d’Intervilles. L’histoire est racontée par Guy Lux dans un de ces livres : « L’aventure a commencé fin 1964. Au cours d’une rencontre historique entre le chancelier Adenauer et le général de Gaulle, qui se déroulait en France, au château de Rambouillet. Ce dernier parla à son interlocuteur d’une émission française qui, à l’époque, faisait beaucoup de bruit : Intervilles.

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La vachette, vraie star d’Intervilles !

Etre soumis aux aléas et aux fantaisies de vachettes… Du jour où elle est apparue dans l’émission, elle devint un élément incontournable. On peut tout dire de ce programme aux couleurs bon enfant. On peut se désoler de sa naïveté ou célébrer sa bonhommie candide mais amusante. On peut détester l’emphase ou la gouaille de ses animateurs ou vanter leur esprit, leur humeur ou leur chaleur. Mais personne ne peut nier qu’Intervilles ait révélé une des plus grands stars comiques de la télé : la vachette landaise ! Parce qu’elle apporte inattendu, elle dispense une grande leçon. Et pour captiver les foules, il lui suffit, à elle, d’être elle-même ! La vachette est naturelle. Elle ne cherche pas à plaire ou déambule dans l’arène au gré de ses caprices, de ses humeurs. La seule à se permettre, à la télévision, autant d’extravagances, de toquades, qui n’écoute personne et qui n’a que faire de l’audimat. Gaieté, improvisation, la vachette n’a que du bon !!! Elle est peut-être capricieuse mais ses frasques sont désormais légendaires. Elle a forgé sa célébrité internationale dans le sable des arènes d’Intervilles ! Comme Intervilles fit sa renommée de cette fougueuse dame noire au poil brillant.
Mais la vachette n’est pas apparue dans les jeux que le jour de la finale 1962, dans les arènes de Dax. Au cours d’une première épreuve, elle devait renverser des concurrents juches sur les barriques. Dans une deuxième épreuve, elle devait placer des anneaux sur ses cornes. Elle avait déjà préalablement pointé le bout de son museau pour une course à la cocarde, dans les arènes le 26 juillet (pour le Dax-Bayonne), mais sans participer aux jeux. Grace à Intervilles, la vachette est allée voir si l’herbe était plus verte ailleurs que dans son Sud-Ouest natal ou elle était déjà élevée au rang de star : courses landaises (divertissement ancestral) et autres courses à la cocarde… Elle fit son entrée le 6 juin 1963 dans le match qui opposa Saint-Raphaël à Antibes.
Les animaux furent souvent le spectacle. Les ânes, les mules (plus drôles car plus têtues, bien sûr), les poulets, les chevaux mais encore les cochons. Les mémoires vives se souviendront peut-être de ces gorets huilés qu’il fallait déplacer d’un parc à l’autre avec des gants savonnés. Autant d’acteurs à poils ou à plumes, complétement débrides (à l’image de l’émission) qui firent les leviers, les ressorts d’éclats de rires de millions de téléspectateurs à travers les ans ! Mais la vachette est restée la reine incontestée d’Intervilles. Plus qu’un symbole elle est même devenue, au fil des émissions depuis 50 ans, son estampille ! C’est ainsi qu’elle remplaça le clocher, image représentative des premiers Intervilles, d’abord dans tous les génériques d’annonce des 1971 puis, dans tous les logos de l’émission depuis 1981 !

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Intervilles, nouvelle génération :Mistral Production

En 1991, Intervilles rend l’antenne et les trois animateurs emblématiques font leurs adieux. Sauf sur un point, le trio de choc Lux, Zitrone, Garnier ne se reformera jamais. Intervilles, le phénix audiovisuel, renaitra de ces cendres en 1995. Les nostalgiques, adeptes de la citation « c’était mieux avant » en auront pour leur frais… Elle est revenue, toujours saluée par la même bonne humeur et les mêmes éclats de rires. La base des gags resta la même : vachettes, planches savonneuses, déguisements, etc… toujours de la même veine burlesque irrésistible servie sur un inévitable esprit de clocher. En 1995, quatre nouveaux animateurs reprendront les rênes de l’émission la plus populaire en France : Jean-Pierre Foucault, Fabrice, Olivier Chiabodo et Nathalie Simon.
Mistral Production exploite les droits d’Intervilles et produit le jeu depuis 1998 pour l’international et 2004 pour la France. Yves Launoy, coprésident avec Olivier Charpentier de la société connaît bien l’émission pour avoir été le bras droit de Guy Lux pendant une dizaine d’années. Si la société porte le nom d’un des vents du sud les plus célèbres et les plus fantaisistes, c’est qu’Yves Launoy habite ce joli coin de Provence, même s’il est originaire du Nord.
Aujourd’hui, il en tient toujours les rênes, avec son associé Olivier Charpentier, et prêche la bonne parole d’Intervilles dans le monde entier !

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Les anecdotes

Elles sont pléthores et des huit coins de l’hexagone ou de quatre coins du monde, il n’est pas une ville qui n’ait participé à l’émission et relate à l’envi de savoureuses anecdotes…
• En 1964, le général de Gaulle interrompt une discussion officielle au château de Rambouillet avec le chancelier allemand Konrad Adenauer pour pouvoir regarder «Intervilles». Adenauer, intrigué, s’installe à côté de son hôte et regarde, médusé, des livreurs d’assiettes sur des plans inclinés et savonnés au-dessus d’une piscine, un rhabillage dans une cabine sans plancher, des basketteurs parachutistes, un fil rouge, une pelleteuse hydraulique géante avec laquelle les participants doivent manier des œufs, des vachettes renversant des barils sur lesquels sont juchés des joueurs – autant de joyeusetés qui donnent une idée aux deux illustres spectateurs, celle de créer un «Intervilles» franco-allemand.
• Quand Intervilles voit le jour en 1962, elle avait valeur de kermesse héroïque d’intérêt national. A tel point que pour la R.T.F. (Radio Télévision Française), il n’était même pas possible que son personnel envisage le moindre arrêt de travail ! Face à une menace de grevés des techniciens, la direction de la R.T.F publiait un communiqué tranchant : « Les revendications particulières ne peuvent légitimer un mouvement qui compromet une série d’émissions essentiels à la télévision ». Inimaginable de nos jours !
• La liste serait trop longue à dresser mais des dizaines de cafés Intervilles fleurissent toujours en France : Le Mans, Laval, Marcq-en Baroeul, Angers, Rennes, Roubaix, Lorient, Nice…

Apres-propos

Passer dans la mémoire collective n’est pas donné à tout le monde… Avoir la France à soi, non plus. La télé n’est plus qu’une arène ou seuls les egos s’affrontent. La diversité des programmes à toujours permis à chacun de trouver son paradis audiovisuel. Dans le cas de Guy Lux, les extrêmes se sont toujours rencontrés !
Jacques Antoine (pionnier et maitre des jeux de la télé de la première heure) disait : « Un bon jeu, c’est celui qui dure dix ans et suscite quinze imitations. Il n’y a que deux ressorts possibles, la dramatisation (gagnera ou gagnera pas ?) et le rire, aux dépens le plus souvent du candidat. Intervilles en est une parfaite illustration». Du haut de ses cinquante balais, et après avoir été l’objet de multiples copies, conformément à l’assertion de Jacques Antoine, on peut aujourd’hui alléguer qu’Intervilles est un jeu brillantissime.